Mardi 11 Juillet 2006
Rapport sur les problèmes de traductologie dans l’œuvre
 « Les ISEFRA-Poèmes de Si Mohand-ou-Mhand » de
 Mouloud Mammeri.
 
INTRODUCTION :
Avant le disserter sur les problèmes de traduction dans l’œuvre « les ISEFRA de Si Mohand -ou- Mhand » de Mouloud Mammeri un aperçu sur la vie de ce grand homme de lettres est nécessaire. Mouloud Mammeri est né le 28/12/1917 à Tawrirth Mimoun en grande Kabylie. Un passage au lycée Louis-Le-Grand avant d’être mobilisé en 1939 et libéré en octobre 1940. Remobilisé en 1942 après le débarquement américain, il participe au compagnes d’Italie de France et d’Allemagne. à la fin de la guèrre, il prépare un concours de professorat de lettre à paris. De 1957 à 1962, Mouloud Mammeri reste au Maroc et rejoint l’Algérie après l’indépendance. il enseigne le berbère à l’université d’Alger dans le cadre de la section d’ethnologie, la chaire de berbère ayant été supprimé en 1962. De 1969 à 1980, Mouloud Mammeri dirige le centre de recherche anthropologique, préhistorique, et ethnographiques d’Alger (CRAP ). Mammeri a été élu à la tête de la première union nationale des écrivains algériens, son passage  était éphémère à cause de la discordance de vue sur le rôle de l’écrivain dans la société. En 1882, il fonde à paris le centre d ‘études et de recherches amazigh « CERAM » et la revue Awal « La parole ». L’œuvre de Mammeri est double, anthropologue, il s’intéressât à la littérature orale berbère d’Algérie .il éditât les isefra, poèmes de Si Mohand– ou – Mhand en 1969 - objet de notre travail – et, poèmes kabyles anciens (1980). Et l’Ahellil des Gouraras (1986). Ecrivain, il publia 4 romans : la colline oubliée (1952), le sommeil de juste (1955), l’opium et le bâton (1965) et la traversée (1982). A cela il faut ajouter deux pièces de théâtres, le foehn (1982) et le banquet (1974), deux recueils de contes Machahu (1980) et Tellem chaho ! contes kabyles (1980). Il a porté aussi un regard critique sur la civilisation occidentale dont « la mort absurde des aztèques ». On lui doit aussi une grammaire kabyle et des travaux sur la tradition orale.
Depuis la publication de l’opium et le bâton en 1965, Mammeri semble décidé à varier les formes de sa production littéraire et à se consacrer surtout à la valorisation de la culture orale. sa contribution dans ce domaine est considérable. En 1969, il publia un recueil de poèmes de poète kabyle du XIX siècle Si Mohand-ou-Mhand, comprenant une introduction à l’œuvre du poète, une préface ou Tazzwart écrite par Mammeri en berbère, et 286 poèmes que le romancier a transcrit en berbère et traduite en français.
Pourquoi l’écrivain entreprend- il ce projet ?
Avant de tenter une quelconque réponse à cette problématique, il faut savoir que son confrère Mouloud Feraoun avait déjà publié un recueil d’une  cinquantaine de poèmes de Si Mohand-ou-Mhand en 1960, deux ans à peine avant sa mort tragique. Pour Mammeri, comme pour Feraoun, Si Mohand-ou-Mhand, poète maudit et errant, victime des répressions françaises en Kabylie au XIX siècle, représente à la fois le drame et le génie de leur peuple. Mammeri reconnaît chez le poète le désespoir de l’âme errante. Il est surtout attiré par la collusion entre une histoire collective - la répression des kabyles devant la conquête française – et un destin particulier – celui d’un homme destiné à être poète.
Si Mammeri entreprend ce projet, il est évident qu’il est témoin d’une tradition menacée, voulut sauvegarder cette partie de son patrimoine culturel qui risquait de disparaître. il partage des écrivains africains, du sénégalais Birago Diop et l’ivoirien Bernard Dadié, par exemple, qui transcrivent et adaptent les comptes africains pour un public de lecteur afin de préserver une culture orale à l’époque où le monde cède de plus en plus à la technologie moderne et à la littérature écrite.
Il est tout de même remarquable que l’œuvre de Si Mohand-ou-Mhand commençait après 1871 (la date du premier poème n’est jamais précisé), ait été transmise par la parole. En Kabylie, un folklore riche et varié existe, mais contrairement à la tradition de l’Afrique occidentale, il n’y a pas eu lieu de griots, cette classe spécialisée dont la tâche est d’être conteur, poète, historien, c’est à dire la mémoire collective du peuple. Ceux qui gardèrent dans leurs mémoires les ISSEFRA de Si Mohand-ou-Mhand sont les gens du pays les moins touchés par la civilisation occidentale. Mammeri quant à lui consultât quelques vieillards de la région de Tizi Rached dans les années 1960.
La structure de l’Asefrou, poème à forme fixe employé par Mohand rappelle en quelque sorte celle de sonnet et de la balade européens. L’Asefrou (qui en berbère signifie résolution, éclaircissement ) est un neuvain composé de trois strophes (Tassedart), de trois vers (Tafirt) chacune. Deux vers de 7 syllabes encadrent un vers de 5 syllabes. C’est un poème à deux rimes. Les deux premiers vers de la première strophe riment avec ceux des deuxième et de troisième strophe et les vers de 5 syllabes riment également. Cela donne le schéma suivant :
a   a    b                                              a    a   b                                                    a   a   b
7   5   7     
                                         7   5   7                                                     7 5   7
Chaque tercet du neuvain joue un rôle particulier dans l’ensemble. Le premier propose le thème général , le deuxième ajoute un élément ou une circonstance secondaire et donne parfois le témoignage personnel du poète, le troisième amplifie l’argument et fournit la conclusion – il en donne la clé lorsque le poème est obscure. Ainsi, l’Asefrou forme un tout dans un cadre très limité, car il faut tout exprimer en cinquante sept syllabes.
 
Dans la poésie symbolique et allusive de si Mohand, Mammeri trouve l’expression de l’art berbère. il est attiré par un poète en révolte, celui qui refusait la nouvelle société née du colonialisme. Mohand, le vagabond, n’a jamais eu la carte d’identité livrée au autochtones par l’administration française. Il refuse d’être classé. Pour lui, qui fut le témoin de la mort de son père, de la ruine économique de sa famille et de la destruction de son village, le colonialisme signifia traumatisme, pauvreté, errance. Ce traumatisme se traduit dans ce poème par le thème du jardin ravagé. En voici un exemple dans la transcription de Mammeri :
 
J’avais planté jardin sans pareil
aux plants droits
pourvu que dieux en mène les fruits à terme
 
Je l’ai ceint de bonne muraille
avec porte close
et gardien sans cesse éveillé
 
              Or s’en est rompu le barrage
              et mon jardin éboulé
             A disparu sans laisser de trace. (N°142, page 285)
 
              M. Feraountraduit le même poème de cette façon :
 
            J’avais un jardin incomparable
            aux pousses drues et vigoureuses
           que dieux protége ces richesses !
 
Un mur le fermait et l’abritait,
une porte en condamnait l’entrée
dont le gardien ne dormait pas.
 
Maintenant qu’un torrent y fut dirigé
l’éboulement à tout emporté
Il n’en reste aucune trace. ( N°9 Page 67)
 
         Les deux traductions gardent la forme de neuvain (Les trois tercets), mais ni l’une ni l’autre ne réussi à limiter le poème à cinquante sept syllabes, comme fait le poète en berbère, ou à reproduire le schéma de l’alternance des vers de sept et de cinq syllabes. Mammeri donne une traduction plus conforme avec alternance de vers longs et courts.
         Il accentue aussi le coté actif qui est dynamique du poète qui laboure : « j’avais planté … je les ceint. » en plus, Mammeri insiste sur l’aspect personnel : j’avais … je l’ai … mon jardin. Feraoun, par contre, n’emploi la première personne qu’une seule fois et il se passe du possessif. Il faudra noter aussi que Mammeri choisit le vocabulaire le plus simple. Il écrit par exemple « Avec porte close » tandis que Feraoun choisit « Une porte en condamnait l’entrée ». Malgré ces divergences d’interprétations, les deux écrivains réussissent à évoquer le sentiment de perte devant le jardin ravagé.
         Le thème du jardin ravagé se prête à plusieurs interprétations. D’une part, c’est la situation historique du colonisé privé de ces terres. D’autres part, c’est le destin individuel de l’homme pour qui la vie n’offre plus d’espoir. 
Si les deux interprétations du thème du jardin ravagé se complètent pour les uns, elles traduisent pour ce qui nous concerne les difficultés dans la traduction de tout genre littéraire, et la poésie en particulier.
 
Mammeri lui même disait dans son œuvre (Page 103) « il y’a de bonnes traductions, il n’y on à pas de fidèles. Souvent les plus littérales sont celles qui trahissent le plus l’original. …chacun sait que la poésie est intraduisible » il faut savoir tout de même que le degré d’infidélité peut cependant varier d’un auteur à un autre considérablement. Mammeri lui même a tenté, dans sa traduction des ISEFRA de Si Mohand, de concilier dans son œuvre deux avantages : la fidélité à la lettre et la clarté de l’exposition, et ce, ou risque d’attraper deux inconvénients de l’obscurité et de la trahison. Sachant qu’il a rencontré dans cette tâche plusieurs contraintes : langues d’esprit différent, genre poétique de tous le plus liée à la matière même du langage, inéxistence d’un critère ou d’une règle quelconque au départ. Toutes ces contraintes, ont poussées Mammeri à adopter une solution dictée plus par le sentiment qu’il avait du texte berbère que par un choix délibéré. D’ailleurs il ne nous cache pas la subjectivité que peut avoir sa méthode ou son procédé. Il a toujours préféré une fidélité sans grâce à une éloquence infidèle. Il nous reste à nous demander, comme le suggère ANNE ROCHE (« tradition et subversion chez Mouloud Mammeri », revue de l’occident musulman, N°22, 1976, Page 100), si la traduction des Isefra entreprise par Mammeri est vraiment un recours à la tradition ou si elle ne serait pas plutôt une quête d’identité de la part de l’écrivain contemporain ?
Ces quelques contraintes énumérées ci dessus ne peuvent, elles seules, résumer tous les problèmes de traductologie qui sont posés dans l’œuvre «Les ISEFRA de Si Mohand –ou-Mhand ».
 
 
Les problèmes de traductologie posés dans l’œuvre
« Les ISEFRA de Si Mohand –ou- Mhand »
de Mouloud Mammeri.
        
         En plus des problèmes cités par Mouloud Mammeri lui même à la page 103 (avertissement) nous tenterons de résumer l’ensemble des problèmes de traduction que Mammeri a pu rencontrer.
 
1/- Problèmes liés aux sources :
L’établissement d’un recueil des poèmes de Si Mohand, comme le dit Mouloud Mammeri (les ISEFRA poèmes de Si Mohand, Ed François Maspero, 1982, page 90. ), bute sur deux obstacles inhérents à tout essai de fixation de la tradition orale : la difficulté d’attribution et l’abondance des variantes. Il faut savoir que le poète Si Mohand est incapable, dans beaucoup de cas, de répéter exactement ce qu’il a énoncé. Il a même aggravé son cas par son serment de ne jamais répéter son poème. D’autres part, la mémoire des auditeurs est inégalement infidèle.
 
Il ne faut pas perdre de vue les défaillances qui peuvent survenir au niveau de la mémoire. Un récitant peut combler, par contrainte les lacunes de ses souvenirs par les inventions personnelles. Le même poème peut présenter des variantes de détails comme il peut prendre des formes différentes malgré que le poème est du même auteur.  
 
 
2/- Problèmes liés à la transcription (passage de l’orale à l’écrit) :
 
La poésie de Si Mohand-ou-Mhand est restée longtemps (Prés d’un demi siècle) dans le domaine de l’oral. M. Mammeri a entamé la récolte des poèmes à partir des années 1960. Il a fallu, en plus de la récolte, transcrire tous ces poèmes. Mais le cheminement du domaine de l’oralité à l’écriture n’est pas aisé parce qu’il n’y a pas d’accord final entre les linguistes sur une seule méthode (Règle) de transcription de la langue berbère. Et ce qu’il y a lieu de noter c’est les différences de transcriptions entre M.Mammeri et son confrère M.Feraoun dans son œuvre « Les poèmes de Si Mohand ».
 
3/- Problèmes liés au passage de la langue berbère à la langue française :
 
Il y a lieu de noter qu’il n’est pas toujours facile de transposer dans une langue française façonnée par plusieurs siècles de raison latine, de dialectique grec et de civilisation chrétienne, des poèmes composés en une langue de tradition uniquement orale. nous ajoutons à cela que la poésie de Si Mohand-ou-Mhand peut se prêter à plusieurs interprétations compte tenue de son discours allusif. Ce qui rend la tache encore plus difficile.   
 
 
 
publié par Collectif pour l'Action et la Solidarité Sociale. dans: kaibi

Calendrier

Juillet 2006
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
31            
<< < > >>

Album photos

Recherche

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus